"La première chose qu’il faut faire, c’est prendre soin de votre cerveau. La deuxième est de vous extraire de tout système d’endoctrinement. Il vient alors un moment ou ça devient un réflexe de lire la première page de votre journal en y recensant les mensonges et les distorsions, un réflexe de replacer tout cela dans un cadre rationnel. Pour y arriver, vous devez encore reconnaitre que l’Etat, les corporations, les medias et ainsi de suite, vous considèrent comme un ennemi; vous devez donc apprendre à vous défendre. Si nous avions un vrai système d’éducation, on y donnerait des cours d’autodéfense intellectuelle." Noam Chomsky.

" Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ". Albert Einstein.

dimanche 23 janvier 2011

Une légalité entachée vaut bien mieux que l’illégalité. Mohamed Haouari, Professeur à l'INSAT.


Le rêve est-il en train de tourner au cauchemar ? Depuis l’annonce de la composition du gouvernement de transition plusieurs voix se sont élevées pour contester sa légalité. Depuis, des dizaines d’experts en droit constitutionnel (réels et surtout autoproclamés) se sont succédés sur les plateaux de télévision pour nous expliquer les subtilités de notre constitution et la complexité de la situation héritée par la fuite de l’ex-président. A mon avis, ces débats manquent singulièrement de pertinence car la question de la légalité du gouvernement de transition ne relève pas des sciences juridiques mais est éminemment politique. En effet, nous sommes à présent confrontés à un choix simple : devons-nous nous contenter d’un gouvernement de transition qui soit à la limite de la légalité et assurer le démarrage effectif de la phase cruciale de reconstruction, ou bien écouter la voix de la rue qui appelle à la chute pure et simple du gouvernement. La situation est grave car les partisans de ce point de vue ont déjà commencé à pratiquer un nouveau type de gouvernance : la « Dégage-cratie ». Plusieurs responsables ont déjà été chassés de leurs bureaux. Slim Amamou, symbole de la jeunesse cyber-dissidente et nouvellement promu Secrétaire d’Etat n’a pas échappé à cette dangereuse chasse aux sorcières. C’est totalement illégal et parfaitement indigne d’une révolution qui se veut porteuse d’un idéal de justice et de légalité.

Le gouvernement de transition a d’ores et déjà pris des décisions que les démocrates attendaient depuis longtemps : libération des détenus politiques, libéralisation des médias et de l’internet, légalisation des partis politiques, séparation du parti et de l’état, démission des ministres du RCD, réappropriation par l’Etat des biens du RCD, indemnisation des martyrs de la révolution, reconnaissance du droit de manifester, promesse ferme de limiter la durée de vie de ce gouvernement à quelques mois seulement et ceci afin de préparer la transition démocratique et d’assurer la bonne marche de l’économie. Ces décisions ne constituent-elles pas une reconnaissance formelle de la révolution qui vient de se produire ? Ne s’inscrivent-elles pas en réponse aux attentes et sacrifices d’un peuple longtemps opprimé ? Pourtant, les jusqu’au-boutistes continuent à appeler à l’écrasement du gouvernement de transition sous prétexte qu’on ne peut faire confiance à des ministres ayant travaillé avec Ben Ali. Face au gravissime risque de déstabilisation du pays, je trouve que l’argument avancé est bien léger.

L’heure est grave. Les motivations réelles des opposants au gouvernement de transition ne sont pas claires. Quelles seraient les décisions qu’ils auraient prises à la place du gouvernement de transition ? Comment comptent-ils faire redémarrer le plus tôt possible la machine économique et éviter que le chômage déjà élevé n’augmente encore plus ? Pourquoi tant d’insistance à faire chuter un gouvernement qui est déjà à durée de vie limitée ? Pourquoi l’UGTT qui est supposée défendre les intérêts des travailleurs pousse-t-elle le pays vers l’inconnu en brandissant la menace d’une intensification des manifestations et d’une grève générale ? Faut-il rappeler que pendant les 23 années de règne du dictateur, l’UGTT n’a jamais appelé à une grève générale. Ou était l’UGTT quand le dictateur opprimait son peuple, embastillait et bannissait les opposants? Tout récemment, l’UGTT s’est distinguée par son soutien à un nouveau mandat (anticonstitutionnel) pour Ben Ali.

Le 20 Janvier, au cours d’un débat sur la chaine Al Jazira un participant s’est particulièrement distingué par son attitude extrémiste. Au cours de toute l’émission, il ne cessait de renchérir sur tous les participants au débat. Il proposait de tout liquider et tout de suite (gouvernement, RCD, parlement, …). En fait, peu de téléspectateurs savaient que cet « ulta-révolutionnaire » n’était autre qu’un ancien ( ?) membre de la sinistre brigade de sureté de l’état. Cette brigade qui s’est illustrée par sa guerre sans merci aux opposants de Ben Ali. Ses compétences en matière d’arrestations arbitraires, tortures et châtiments inhumains sont largement connus. Un jour plus tard, sur le plateau de la chaîne Hannibal, un monsieur d’un certain âge nous expliquait avec beaucoup de science pourquoi le gouvernement de transition actuel est illégal et doit immédiatement disparaître. En réalité, ce pseudo-expert n’était autre que le juge Chaouachi qui s’est trempé jusqu’à la moelle avec le dictateur en condamnant injustement des sympathisants d’Ennahdha à de lourdes peines. En plus, nous pouvons apercevoir chaque soir sur nos écrans des foules excitées appelant à la chute immédiate du gouvernement de transition. Force est de constater que parmi les citoyens ordinaires présents, plusieurs parmi les manifestants ressemblent étrangement à la flicaille de Ben Ali.… ? A qui profite le chaos… ?

Face à cette situation gravissime, nous devons impérativement éviter que notre pays ne sombre dans le chaos. C’est le devoir des élites d’assumer leurs responsabilités en invoquant le langage de la Raison et en plaçant l’intérêt de la patrie au dessus des slogans populistes et des luttes partisanes. Le vrai combat ne doit pas être mené contre un gouvernement à durée de vie limitée mais plutôt au sein des trois commissions qui viennent d’être créées. Tout particulièrement, l’avenir de notre démocratie se jouera au sein de la commission relative à la réforme de la vie politique. Ne nous trompons pas d’objectif.

Il est temps que la Tunisie se lève comme un seul homme et dise haut et fort « Dégage » à l’anarchie, à l’illégalité, et à la démagogie.

En Algérie, le processus démocratique engagé au début des années 90 s’est transformé en un cataclysme qui a causé la mort de centaines de milliers de citoyens et a plongé le pays dans l’anarchie. En 2003, la chute du régime irakien a transformé le pays en un immense champ de ruine et s’est soldée par la mort de millions de citoyens.

Notre révolution vient à peine d’éclater. Elle doit être en totale rupture avec le passé, intelligente et pacifique. Le monde entier nous regarde.

Soyons vigilants, l’Histoire ne pardonnera.

Mohamed Haouari
L’Aouina, le 23 Janvier 2011

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